J’ai lancé CloverPit avec une attente très précise, presque dangereuse. Je suis un fan absolu de Balatro, ce jeu qui a réussi l’exploit d’absorber le poker dans une boucle rogue-lite d’une intelligence folle, au point de littéralement m’engloutir pendant des dizaines d’heures. Autant dire que découvrir un jeu qui promettait la même approche, mais appliquée cette fois à une machine à sous, avait de quoi m’intriguer… et m’inquiéter.
Les premières heures ont été franchement compliquées. Là où les cartes donnent l’illusion – ou la réalité – d’un certain contrôle, la machine à sous m’a d’abord paru bien plus brutale, presque injuste. Trop d’aléatoire, pas assez de prise sur ce qui se passe à l’écran. J’ai longtemps eu l’impression de subir CloverPit plus que de le jouer, sans vraiment comprendre ce que je faisais mal. Et pourtant, à force d’insister, quelque chose finit par se fissurer.
Comme dans Balatro, tout repose sur la compréhension progressive des systèmes. Ici, les jokers laissent place aux Charms, ces porte-bonheur qui modifient en profondeur les règles du jeu. Augmenter la probabilité d’un symbole, booster la valeur d’un motif, déclencher des effets en cascade… CloverPit est beaucoup plus riche qu’il n’y paraît, mais il exige du joueur qu’il accepte d’échouer longtemps avant de commencer à voir clair. Les synergies existent, elles sont nombreuses, parfois même élégantes, mais elles ne se donnent jamais gratuitement.
L’ambiance joue énormément dans l’adhésion. CloverPit se déroule dans un environnement en 3D au look rétro très marqué, avec une atmosphère poisseuse, presque oppressante. J’ai immédiatement pensé à Saw : on est prisonnier, contraint de jouer pour survivre. Atteindre le score requis dans un nombre limité de lancers devient une question de vie ou de mort, littéralement. L’échec est punitif, mais jamais anodin. Chaque mort donne envie de recommencer, persuadé qu’on a cette fois compris quelque chose de plus.
Ce qui m’intrigue le plus, et que je n’ai fait qu’effleurer pour l’instant, c’est toute la couche méta du jeu. CloverPit semble cacher une narration fragmentée, des événements étranges, des éléments de décor qui racontent autre chose que la simple mécanique de score. Beaucoup parlent d’un jeu qui se dévoile lentement, run après run, et qui récompense la persévérance par autre chose que des chiffres plus élevés. Clairement, je sens que je n’en ai pas encore vu le cœur, en partie parce que je ne suis pas encore assez bon.
CloverPit n’est pas un coup de foudre immédiat. Il demande du temps, de la patience, et une vraie tolérance à l’échec. Mais une fois que ses rouages commencent à s’emboîter, il dégage cette même sensation dangereuse que Balatro : celle d’un jeu qui te fait croire que la prochaine run sera la bonne… et qui a souvent raison.
