Copa City : le jeu parfait pour la Coupe du monde… sauf quand il faut vraiment y jouer

Copa City : le jeu parfait pour la Coupe du monde… sauf quand il faut vraiment y jouer

En pleine Coupe du monde, il y avait presque quelque chose d’évident à lancer Copa City. Le foot partout, les Bleus qui font battre le cœur un peu plus vite, Mbappé qui envoie des pépites en pleine lucarne depuis l’extérieur de la surface, Dembélé qui tricote sur son aile et qui envoie des « Carré Croix » de cochon toutes les 2 minutes, et Deschamps qui, quelque part, serre les dents devant un tableau Excel invisible. Bref, l’ambiance idéale pour se plonger dans un jeu de gestion consacré non pas au terrain, mais à tout ce qui l’entoure.

Et sur le papier, Copa City a une idée franchement géniale. Ici, il ne s’agit pas de composer son onze, de régler un pressing ou de hurler sur son latéral gauche parce qu’il a encore oublié de couvrir son couloir. Le jeu nous place dans les coulisses d’un grand événement footballistique : organiser l’accueil des supporters, préparer les fan zones, gérer la sécurité, les infrastructures, les flux, l’ambiance autour du stade… En tant que fan de jeux de gestion et de foot, difficile de ne pas avoir les yeux qui brillent un peu. On ne joue pas la Coupe du monde, on essaye de la rendre possible. Et ça, c’est une vraie bonne idée.

Le problème, c’est qu’une bonne idée ne suffit pas toujours à faire un bon match.

Un concept de champion du monde

Ce qui m’a immédiatement plu dans Copa City, c’est justement cette volonté de regarder le football autrement. Les jeux de foot nous ont habitués aux frappes enroulées, aux modes carrière et aux célébrations en slow motion. Les jeux de gestion, eux, aiment souvent les parcs d’attractions, les villes, les hôpitaux, les prisons, les colonies spatiales ou les restaurants improbables. Mais la logistique d’un grand match, avec ses milliers de supporters, ses zones à organiser et son chaos à canaliser, c’est un terrain de jeu assez rare pour donner envie de chausser les crampons.

Et pendant quelques minutes, ça fonctionne. On sent le potentiel. On imagine déjà des scénarios plus vastes, des derbys sous tension, des villes à transformer en gigantesques fêtes populaires, des supporters à satisfaire, des contraintes à gérer et cette petite montée de stress délicieuse qui fait le sel des bons jeux de gestion. Copa City a cette promesse-là : nous faire vivre l’envers du décor, là où les matchs se gagnent parfois avant même le coup d’envoi, dans les transports, les files d’attente, la sécurité et la bonne vieille organisation humaine.

Visuellement, le jeu fait aussi le travail. Ce n’est pas une claque, ce n’est pas le genre de titre qu’on lance pour admirer les reflets sur une flaque d’eau pendant dix minutes, mais c’est propre, lisible et plutôt cohérent avec ce qu’il veut raconter. Les bâtiments, les zones de supporters, l’ambiance urbaine et les éléments de décor donnent une impression correcte. On n’est pas dans le flamboyant, mais on n’est pas non plus dans le carton-pâte triste. Disons que Copa City présente bien en conférence de presse.

Malheureusement, une fois qu’on passe de la présentation au terrain, les choses se compliquent.

Le fun bloqué aux vestiaires

Mon vrai souci avec Copa City, c’est son entrée en matière. Je sais bien que les jeux de gestion aiment prendre leur temps. C’est même souvent nécessaire : il faut apprendre les mécaniques, comprendre les menus, assimiler les priorités, accepter qu’un mauvais placement de stand de hot-dogs puisse provoquer une crise existentielle chez 12 000 supporters. Mais ici, j’ai eu l’impression que le tutoriel ne voulait jamais lâcher ma main. Pire : qu’il me tenait par le poignet en m’expliquant laborieusement comment respirer.

Le résultat, c’est que le fun paraît très loin. Trop loin. On sent qu’il y a quelque chose derrière, un vrai système, une vraie intention, peut-être même un jeu capable de devenir prenant une fois les premières couches digérées. Mais ces premières couches ressemblent davantage à une réunion préparatoire de la FIFA qu’à une montée en puissance grisante. Copa City veut nous expliquer plein de choses, sauf qu’il oublie parfois de nous donner envie de continuer à l’écouter.

C’est d’autant plus frustrant que le concept est excellent. Un jeu de gestion autour de l’organisation d’un match, lancé en pleine Coupe du monde, avec toute l’électricité que ça suppose, devrait être un boulevard. On devrait avoir envie de transformer chaque quartier en fourmilière festive, de créer la fan zone parfaite, de faire circuler les supporters comme Deschamps ferait coulisser son bloc défensif. À la place, on se retrouve rapidement à suivre des consignes, à cliquer là où le jeu nous demande de cliquer, en attendant que la vraie partie commence.

Et c’est peut-être là que Copa City rate son premier contrôle. Il ne donne pas assez vite le sentiment de liberté, de maîtrise ou même de chaos amusant. Dans un bon jeu de gestion, même quand on apprend, on doit déjà sentir la petite étincelle : cette envie de recommencer mieux, d’optimiser, de tricher gentiment avec les systèmes, de construire son petit bazar organisé. Ici, j’ai surtout ressenti de la lourdeur. Pas une lourdeur catastrophique, pas un naufrage complet, mais cette fatigue un peu traître qui s’installe quand on se dit : “Je vois ce que tu veux faire, vraiment… mais là, tu m’as perdu.”

Copa City ressemble à ces joueurs bourrés de talent qui ont tout pour réussir mais qui ratent leurs dix premières passes. On ne peut pas dire qu’ils sont mauvais. On peut même être persuadé qu’ils vont finir par sortir une action brillante. Mais en attendant, on regarde le chrono, on soupire, et on se demande quand le match va vraiment commencer.

À qui s’adresse Copa City ?

Copa City n’est clairement pas à jeter. Je pense même qu’il peut trouver son public, surtout chez les joueurs patients, ceux qui aiment décortiquer des systèmes un peu rigides, accepter des débuts laborieux et pousser plus loin pour voir si la mécanique finit par s’ouvrir. Les amateurs de gestion très méthodique y trouveront peut-être davantage leur compte, surtout s’ils sont sensibles à l’idée de gérer l’envers du décor footballistique.

Mais pour un joueur attiré par le concept, par le foot, par l’ambiance Coupe du monde et par l’envie immédiate de construire quelque chose de vivant, l’accroche est rude. On a envie d’entrer dans le stade avec les chants, les fumigènes, les maillots bleus et la tension d’un match à élimination directe. Copa City, lui, nous demande d’abord de remplir le formulaire d’autorisation municipale, de vérifier trois barrières et d’écouter le monsieur du tutoriel jusqu’au bout.

C’est réaliste, quelque part. Mais ce n’est pas toujours très amusant.

Le plus dommage, c’est que le jeu arrive au meilleur moment possible. La Coupe du monde donne envie de foot sous toutes ses formes. On veut vibrer, chambrer, râler sur l’arbitre, croire que Mbappé va encore nous sauver, espérer que Dembélé choisira le bon geste au bon moment et faire confiance à Deschamps même quand on ne comprend pas exactement pourquoi. Copa City avait une carte en or à jouer : transformer cette ferveur en expérience de gestion originale. Il y parvient sur l’idée, beaucoup moins sur le plaisir immédiat.

Au final, Copa City me laisse avec une impression étrange. J’ai envie de défendre son concept, parce qu’il est vraiment malin et qu’il change des éternels jeux de foot centrés sur le terrain. J’ai envie de croire qu’en poussant davantage, en acceptant ses lenteurs et ses maladresses, on peut finir par trouver un vrai jeu de gestion intéressant. Mais j’ai aussi du mal à ignorer ce premier contact assez froid, presque décourageant, qui m’a donné le sentiment que le match se jouait sans moi.

Copa City n’est pas un carton rouge. Plutôt un bon gros carton jaune pour antijeu pédagogique. Le potentiel est là, l’idée mérite d’exister, l’ambiance Coupe du monde lui va parfaitement au teint, mais l’exécution manque de rythme, de clarté et surtout de plaisir immédiat. Un peu comme une équipe qui a un plan de jeu ambitieux, mais qui oublie de frapper au but.

Et en pleine Coupe du monde, franchement, on a envie de buts.

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