Assassin’s Creed Black Flag Resynced, retour en terres pirates treize ans plus tard

Assassin’s Creed Black Flag Resynced, retour en terres pirates treize ans plus tard

La licence Assassin’s Creed a une place particulière dans mon cœur. Depuis le premier épisode découvert en behind closed doors sur le stand Ubisoft d’une Gamescom d’un autre temps, jusqu’au tout récent Shadows testé ici, la saga m’a accompagné depuis de très nombreuses années. Certains épisodes m’ont marqué davantage que d’autres et Black Flag appartient clairement à cette catégorie. Treize ans après sa sortie initiale, il revient dans une version entièrement reconstruite pour les machines actuelles. J’ai testé Assassin’s Creed Black Flag Resynced sur Xbox Series X et je vous en parle !

Autant sauter les deux pieds dans le plat : non, treize ans plus tard, Black Flag ne ressemble toujours pas vraiment à un « vrai » Assassin’s Creed. Edward Kenway n’est pas non plus devenu beaucoup plus charismatique à mes yeux. En revanche, Black Flag reste le meilleur jeu de pirates jamais créé. Oui, c’est ma take. Et je pense qu’elle tient plutôt bien la route.

Un pirate qui n’a pas pris une ride… ou presque

Le jeu nous entraîne une nouvelle fois au cœur des Caraïbes, durant l’âge d’or de la piraterie. Nassau, La Havane, Kingston ou encore Great Inagua sont autant de destinations que l’on rejoint à bord du Jackdaw, notre navire pirate et, soyons honnêtes, véritable personnage principal de l’aventure aux côtés du plutôt tiède Kenway.

Les environnements sont somptueux, les océans donnent constamment envie de dévier de sa trajectoire et la carte regorge d’îles à explorer, de trésors à découvrir, de forts à attaquer, de contrats à remplir et de navires légendaires à envoyer par le fond. En revanche, même après toutes ces années, j’ai toujours du mal à considérer Black Flag comme un Assassin’s Creed tout à fait classique.

On se cache, on s’infiltre et on assassine en essayant de se tapir dans l’ombre. On escalade des bâtiments pour espionner ses cibles et on se retrouve entraîné dans le conflit entre Templiers et Assassins, parfois un peu malgré nous. Mais par la nature de ses lieux, de ses personnages et de son immense terrain de jeu maritime, Black Flag reste très éloigné de l’expérience proposée par la trilogie d’Ezio, qui demeure pour moi la référence parmi les références de la saga.

Son seul véritable défaut est peut-être finalement de s’appeler Assassin’s Creed. Ubisoft a d’ailleurs tenté, plusieurs années plus tard, de reprendre cette formule en créant Skull and Bones, une licence entièrement consacrée à la piraterie et libérée de l’héritage des Assassins. Avec le peu de réussite qu’on lui connaît désormais, difficile de ne pas constater que la magie de Black Flag ne tenait pas uniquement à la présence d’un bateau et de quelques canons.

Le jeu faisait déjà partie de mes épisodes préférés lors de sa sortie en 2013 (aïe, ça commence à piquer) et il reste excellent aujourd’hui. Vivre la vie d’un pirate, traquer et attaquer des navires, développer son repaire et sa flotte, voguer d’île en île à la recherche de trésors ou prendre d’assaut des forts procure encore un plaisir assez grisant. Il y a un petit parfum d’aventure façon Jack Sparrow qui fonctionne immédiatement, surtout lorsque l’équipage entonne un chant marin au milieu d’une traversée.

Tout n’est évidemment pas devenu moderne par magie. Certaines séquences conservent un rythme assez daté, notamment lorsque le jeu impose de marcher derrière un personnage qui semble avoir décidé de traverser les Caraïbes à deux kilomètres-heure. La structure générale, très marquée par les grands mondes ouverts Ubisoft de l’époque, repose encore sur une abondance d’icônes, d’activités répétées et de collectibles. Pourtant, l’essentiel résiste remarquablement bien au temps. Prendre la barre du Jackdaw, se positionner face au vent, aligner une bordée puis se lancer à l’abordage reste aussi plaisant qu’en 2013.

Bien plus qu’un coup de peinture sur la coque

Qualifier Resynced de simple version « boostée » serait toutefois assez injuste. Il ne s’agit pas d’un remaster se contentant d’augmenter la résolution et la fréquence d’affichage, mais d’un véritable remake reconstruit avec la dernière version du moteur Anvil. Ubisoft a conservé le monde, le scénario et l’identité du jeu d’origine, tout en rebâtissant les environnements, les personnages et une grande partie de ses mécaniques.

Sur Xbox Series X, le résultat est particulièrement flatteur. Le jeu propose notamment un mode à 60 images par seconde, précieux pour rendre les déplacements, les combats et les affrontements navals nettement plus fluides. Le ray tracing, la nouvelle gestion de l’éclairage, les textures bien plus détaillées et la météo dynamique transforment naturellement les Caraïbes. La mer réagit davantage au vent et aux tempêtes, les vagues sont plus crédibles et les changements de conditions peuvent donner une autre dimension à une bataille navale déjà engagée.

La disparition des écrans de chargement à l’entrée des grandes villes renforce également l’impression de parcourir un monde continu. On quitte son navire, on rejoint la terre ferme et on s’enfonce dans les rues sans rupture artificielle. C’est le genre d’amélioration qui paraît presque anodine sur le papier, mais qui participe beaucoup au plaisir de l’exploration.

Le résultat reste en revanche plus inégal du côté des personnages. Les modèles sont évidemment bien plus détaillés qu’en 2013, mais certains visages et certaines expressions manquent encore de naturel. Quelques regards semblent vides et certaines scènes peinent à transmettre autant d’émotion qu’elles le devraient. Cela n’a jamais été le plus grand point fort d’Ubisoft et Resynced ne réalise pas de miracle dans ce domaine. Même reconstruit de la tête aux pieds, Edward ne devient donc pas soudainement le pirate le plus charismatique des Caraïbes.

Les changements les plus importants ne concernent heureusement pas que la technique. Le système de combat a été largement revu. L’original reposait énormément sur l’attente d’un contre permettant ensuite d’enchaîner les exécutions presque automatiquement. Resynced propose des affrontements plus réactifs, davantage basés sur le timing des parades, le placement et l’utilisation rapide des différents outils d’Edward. Les pistolets et la corde à fléchettes peuvent désormais s’intégrer plus naturellement aux enchaînements, tandis que de nouvelles animations rendent les affrontements plus spectaculaires.

Tout n’est pas parfait pour autant. Les combats restent parfois un peu brouillons lorsque plusieurs ennemis encerclent Edward, notamment sur le pont étroit d’un navire. Certaines transitions d’animation et quelques changements de caméra manquent également de lisibilité. Le système est plus dynamique et plus moderne, sans parvenir à masquer complètement une variété d’adversaires assez limitée. Sur la durée, on finit donc malgré tout par reproduire les mêmes parades et les mêmes exécutions.

L’infiltration profite elle aussi de changements importants. Edward peut désormais s’accroupir librement, sans avoir besoin de se trouver dans une zone prévue à cet effet. Les ombres influencent sa visibilité, un mode d’observation facilite le repérage des cibles et il est possible de plonger presque partout pour approcher discrètement certains lieux depuis la mer. Ces ajouts offrent davantage de liberté, même si la conception des missions ne les exploite pas systématiquement aussi bien qu’elle le pourrait.

Le parkour a également été modernisé tout en conservant l’esprit de l’original. Le saut manuel fait son retour, tout comme les éjections latérales et arrière, qui permettent de mieux contrôler les déplacements dans les environnements les plus serrés. Edward répond plus rapidement et récupère mieux après certaines chutes. Cela ne transforme pas Black Flag en Unity, qui reste encore une référence en matière de fluidité et d’élégance des déplacements, mais explorer les villes et rejoindre les points d’observation se révèle nettement plus agréable.

Les fameuses missions de filature, l’un des éléments les plus critiqués du jeu de 2013, ont heureusement été retravaillées. Certaines ont été remplacées par des phases d’enquête ou de nouvelles séquences d’infiltration. Dans les autres, se faire repérer ou perdre sa cible ne provoque plus automatiquement une désynchronisation. L’objectif peut évoluer vers une poursuite, un combat ou la récupération d’une information sur un ennemi vaincu. Cette souplesse limite les redémarrages frustrants, même si certaines missions continuent de nous imposer de suivre longuement des personnages peu pressés.

La partie navale n’a pas été oubliée. Le Jackdaw dispose de modes de tir secondaires supplémentaires, tandis que les différentes factions utilisent désormais des équipements et des tactiques qui leur sont propres. Trois officiers peuvent aussi rejoindre l’équipage après leurs quêtes personnelles. Chacun apporte une capacité particulière au navire, ce qui donne davantage d’intérêt à leur recrutement qu’une simple ligne supplémentaire dans un menu. Dix nouveaux chants marins accompagnent également les traversées. Cela peut sembler secondaire, jusqu’au moment où l’on réalise le nombre d’heures passées en mer à écouter son équipage chanter.

Le repaire de Great Inagua bénéficie lui aussi d’une véritable évolution. Plusieurs bâtiments peuvent être construits puis améliorés afin d’accroître les revenus, de débloquer des armes et tenues, d’étendre la flotte ou de faciliter certaines activités. Le village se développe visuellement au fil des investissements et gagne progressivement en animation. Ce n’est pas un jeu de gestion caché au fond de la cale, mais cet enrichissement rend la progression d’Edward et de son organisation beaucoup plus concrète.

Resynced ne se contente pas non plus de revoir les anciennes missions. Une nouvelle suite de huit quêtes, intitulée A World Without Gold, développe l’histoire de Barbe Noire en fin de partie. Stede Bonnet profite d’une mission supplémentaire et d’un épilogue venant offrir une véritable conclusion à son parcours. Quatre failles optionnelles de l’Animus approfondissent également certains personnages, dont Edward, Barbe Noire et James Kidd. Matt Ryan, l’interprète original d’Edward, a par ailleurs enregistré de nouvelles répliques et séquences pour l’occasion.

Tout ce contenu s’intègre assez naturellement à l’aventure originale. Il ne bouleverse pas l’histoire de Black Flag, mais comble certains vides et accorde davantage d’espace à des personnages secondaires parfois trop rapidement abandonnés en 2013. Les nouveaux officiers manquent cependant un peu de présence et ne profitent pas tous d’un développement aussi convaincant que les figures historiques déjà connues. Ubisoft enrichit donc son ancien équipage, sans réussir à rendre chaque nouveau venu indispensable.

Le jeu permet enfin de régler séparément la difficulté des combats terrestres, de l’infiltration, des affrontements navals et de certaines activités annexes. Une bonne idée pour adapter l’expérience sans devoir choisir entre un mode globalement trop facile ou trop exigeant. En revanche, le multijoueur compétitif de l’original n’a pas été conservé, Resynced se concentrant exclusivement sur son aventure solo.

Assassin’s Creed Black Flag Resynced remet ainsi au goût du jour un jeu exceptionnel que beaucoup de joueurs n’avaient peut-être pas eu l’occasion de découvrir en 2013. Ce remake ne corrige pas tout : certaines mécaniques restent rugueuses, les visages manquent encore de vie et la structure conserve quelques habitudes d’un autre temps. Mais les améliorations techniques, le combat retravaillé, la souplesse accordée à l’infiltration, l’enrichissement de la navigation et les nouvelles quêtes vont bien au-delà d’un simple lifting.

Treize ans après, prendre la mer à bord du Jackdaw procure encore un pied mémorable. Allez, sur ce, j’y retourne. Il ne va pas se couler tout seul, le navire de Davy Jones !

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