Total War: Shogun 2 Complete Edition : un noob, des samouraïs et un sacré bazar

Total War: Shogun 2 Complete Edition : un noob, des samouraïs et un sacré bazar

Il faut qu’on mette un truc au clair : mon expertise en stratégie militaire s’est à peu près arrêtée à Alerte Rouge 3. Depuis, mes troupes attendent probablement encore leurs ordres. Quant à Total War, c’est une de ces grandes sagas que je connais surtout de loin, avec beaucoup de respect et la petite crainte de devoir passer un diplôme avant de comprendre les menus.

Cette Complete Edition de Shogun 2 reçue sur PC avait donc un argument assez évident : réunir tout le nécessaire pour découvrir le Japon féodal et tenter de devenir un grand chef de guerre. Sur le papier, ça me parle. Dans les faits, cette réédition traîne aussi un lancement suffisamment chaotique pour que les samouraïs ne soient plus vraiment le premier sujet de conversation.

Le Japon à conquérir, la notice à apprivoiser

Si vous êtes aussi paumé que moi devant les noms des différents Total War, voilà l’idée : on dirige un clan japonais avec l’ambition de prendre le pouvoir. Dans la campagne principale, cela passe notamment par Kyoto et le titre de shogun, autrement dit le patron militaire du pays. Un projet professionnel légèrement plus ambitieux que « réussir à comprendre où cliquer ».

Le jeu se partage entre deux grandes activités. Sur la carte du Japon, tout se déroule au tour par tour : on développe ses provinces, on recrute, on déplace ses armées et on négocie avec les voisins. Puis viennent les batailles en temps réel, où il faut commander ses formations sur le terrain. On peut donc réfléchir tranquillement à sa stratégie avant de découvrir comment elle résiste au contact de gens armés.

Et c’est ce mélange qui m’intéresse. Les affrontements s’inscrivent dans une conquête plus large, avec une économie derrière et des territoires à défendre. Le joli tas de soldats représente aussi un investissement. Les envoyer n’importe où revient donc potentiellement à jeter le budget du clan dans un fossé.

Sur le champ de bataille, le nombre ne fait pas tout. Le terrain, la fatigue et le moral comptent aussi. Un général soutient les troupes autour de lui ; le perdre peut sérieusement leur couper l’envie de continuer. Le tutoriel et la possibilité de mettre les batailles en pause constituent donc de bonnes nouvelles pour les stratèges rouillés. Observer la situation avant d’aggraver les choses, ça me paraît être une base saine.

La Complete Edition ajoute à cela les campagnes Rise of the Samurai et Fall of the Samurai. La première remonte aux origines du shogunat ; la seconde avance jusqu’au XIXe siècle, avec le choc entre traditions et modernisation militaire. De quoi passer des grandes guerres de clans à une époque où les fusils et l’artillerie viennent sérieusement compliquer la carrière des amateurs de katana.

L’édition annonce également une interface adaptée au 1440p et à la 4K, des commandes modernisées, un passage en 64 bits et plus de cinquante factions mineures supplémentaires jouables. Un gros programme, même si, à mon niveau, maîtriser correctement un seul clan serait déjà une performance très honorable.

Une réédition qui s’est pris les pieds dans son armure

Le souci, c’est que cette remise à neuf ne fait pas l’unanimité. Et là, on dépasse assez largement les querelles de vétérans sur un bouton déplacé.

Les retours de lancement font état de problèmes de performances, de bugs et de changements graphiques contestés. Pour les détails qui dépassent mon maigre bagage de général, les observations de PC Gamer sont parlantes : son journaliste relève notamment des déplacements pénibles pendant les sièges et des comportements ennemis défaillants. Il raconte même qu’un général adverse est resté planté près d’un mur pendant quarante minutes. Ce n’est pas mon anecdote, mais elle illustre assez bien le genre de souci qu’une réédition devrait justement chercher à éliminer.

Le même article apprécie les commandes remaniées et certains changements visuels, tout en regrettant une modernisation trop limitée. Les nouvelles factions mineures n’ont notamment pas de bonus propres pour vraiment les distinguer. Pour un débutant, cinquante possibilités supplémentaires font une belle liste ; pour un habitué, encore faut-il qu’elles apportent quelque chose.

Le lancement a finalement tourné au gros dérapage : sortie le 13 octobre 2026, annonce du retrait temporaire de la vente le 15. SEGA et Creative Assembly ont reconnu que le résultat n’était pas au niveau attendu. Les propriétaires peuvent continuer à jouer, mais difficile de présenter cette Complete Edition comme une porte d’entrée sans réserve dans ces conditions.

Et l’IA dans tout ça ?

Une partie de la colère vient des illustrations retravaillées. Des joueurs ont diffusé des comparatifs montrant des détails déformés, notamment des mains et des visages, en soupçonnant une remise à l’échelle par IA mal contrôlée. Pour une version censée embellir un classique, découvrir des personnages anatomiquement aventureux fait forcément mauvais genre.

Petite précision utile : agrandir une image avec de l’IA et générer une illustration ne désignent pas exactement la même opération. Certains outils d’agrandissement peuvent toutefois reconstruire des détails, avec un résultat qui ne respecte plus fidèlement le dessin de départ. Ici, la méthode exacte utilisée pour les images contestées reste à établir.

Le 23 octobre, Roger Collum, vice-président de Total War, a expliqué que le développement avait été confié à l’extérieur et n’avait pas suivi les contrôles internes habituels de Creative Assembly. Il a aussi reconnu la responsabilité du studio : son nom reste sur la boîte.

Concernant l’IA générative, sa position officielle est que Creative Assembly ne l’utilise pas pour créer les éléments de ses jeux et impose cette règle à ses partenaires. Le cas de Shogun 2 Complete Edition fait l’objet d’une enquête. On peut donc parler d’une polémique documentée, mais pas présenter l’origine des illustrations comme une affaire officiellement tranchée.

Mon regard de casu sur tout ce bazar est assez simple : j’ai envie de découvrir pourquoi Shogun 2 compte autant pour les amateurs de stratégie. Le mélange de gestion, de diplomatie et de grandes batailles a de sacrés arguments. En revanche, une réédition devrait faciliter cette rencontre, pas ajouter une couche de questions sur les bugs, les performances et la fabrication des images.

J’ai déjà suffisamment à faire avec l’idée de conquérir le Japon. Si on pouvait éviter de devoir aussi démêler le chantier du remaster, ce serait sympa.

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